Pourquoi certaines personnes ont-elles besoin d’être régulièrement rassurées dans une relation, tandis que d’autres ont tendance à prendre leurs distances dès que la proximité devient trop importante ?
Pourquoi un silence, un message sans réponse ou une dispute peut-il déclencher chez l’un une forte inquiétude alors que l’autre va plutôt se fermer ou s’éloigner ?
Nos réactions relationnelles ne naissent pas de nulle part.
Notre histoire, nos expériences affectives et les relations que nous avons construites au fil de notre vie participent à notre manière de vivre la proximité, la distance, le conflit, la séparation ou encore la peur de perdre l’autre.
La théorie de l’attachement permet justement d’apporter un éclairage intéressant sur certains de ces mécanismes.
Je vous propose ici de découvrir les 4 principaux styles d’attachement et de répondre à quelques questions pour observer celui dans lequel vous vous reconnaissez le plus aujourd’hui.
L’objectif n’est surtout pas de vous enfermer dans une case.
Au contraire.
Comprendre son fonctionnement relationnel permet de commencer à repérer ce qui se déclenche en soi et d’apprendre progressivement à développer davantage de sécurité intérieure et d’autonomie émotionnelle.
«Apprendre à reconnaître ce qui se déclenche en soi et à mieux réguler ses émotions permet progressivement de ne plus réagir uniquement sous l’effet de la peur ou de l’insécurité. Découvrez comment mieux comprendre et gérer vos émotions»
Qu’est-ce qu’un style d’attachement ?
La théorie de l’attachement s’est développée notamment à partir des travaux du psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby, puis des recherches de Mary Ainsworth.
Elle s’intéresse à la manière dont l’être humain construit ses liens affectifs et recherche proximité et sécurité auprès de ses figures d’attachement.
Les expériences relationnelles précoces peuvent participer à la construction de certaines représentations :
Puis-je compter sur l’autre lorsque j’en ai besoin ?
Puis-je exprimer mes besoins sans risquer de perdre la relation ?
Est-ce que je peux faire confiance ?
Suis-je digne d’être aimé(e) ?
Ces expériences ne déterminent cependant pas à elles seules toute notre vie relationnelle.
Nos relations ultérieures, notre histoire, nos expériences positives ou difficiles et le travail que nous pouvons faire sur nous-mêmes participent également à l’évolution de notre manière d’entrer en relation.
C’est important, parce qu’un style d’attachement n’est pas une condamnation.
Il peut évoluer.
Quels sont les 4 styles d’attachement ?
On distingue généralement quatre grandes tendances :
- l’attachement sécure
- l’attachement anxieux
- l’attachement évitant
- l’attachement désorganisé, parfois décrit chez l’adulte comme un fonctionnement anxieux-évitant
Ces catégories permettent de mieux comprendre certains comportements relationnels, mais elles ne résument jamais une personne à elles seules.
Nous pouvons également nous reconnaître dans plusieurs fonctionnements selon les relations et les périodes de notre vie.
Avant de les découvrir plus précisément, je vous propose un petit questionnaire.
Test : quel est votre style d’attachement ?
Ce questionnaire est un outil d’introspection. Il ne constitue ni un test psychologique validé ni un diagnostic.
Pour chaque question, choisissez la réponse A, B, C ou D qui correspond le mieux à votre fonctionnement habituel.
Ne cherchez pas la « bonne » réponse.
Observez simplement ce qui vous ressemble le plus.
1. Dans mon enfance, la relation avec mes principales figures d’attachement était plutôt :
A. Chaleureuse, stable et sécurisante
B. Aimante, mais avec une disponibilité que je pouvais ressentir comme incertaine ou insuffisante
C. Plutôt distante, avec peu de place pour l’expression de mes émotions ou de mes besoins
D. Imprévisible : parfois rassurante, parfois source d’inquiétude ou de tension
2. Lorsque je me sens en insécurité ou stressé(e) dans une relation :
A. J’arrive généralement à en parler et à chercher une solution
B. J’ai rapidement besoin d’être rassuré(e) sur les sentiments de l’autre
C. J’ai tendance à me fermer et à gérer seul(e)
D. Je peux rechercher fortement la proximité puis avoir soudain besoin de m’éloigner
3. En cas de conflit :
A. Je cherche généralement à maintenir le dialogue
B. J’ai peur que le conflit mette la relation en danger ou que l’autre me quitte
C. J’évite le sujet, minimise ou prends mes distances
D. Mes réactions peuvent alterner entre besoin de rapprochement et rejet
4. Après une dispute :
A. Je peux retrouver progressivement mon calme et reparler de ce qui s’est passé
B. Je reste inquiet(ète) et j’ai besoin de signes montrant que la relation va bien
C. J’ai besoin de me retirer et je peux avoir du mal à revenir vers l’autre
D. Je peux ressentir simultanément l’envie de retrouver l’autre et celle de m’en protéger
5. Dans une relation affective, je recherche généralement :
A. Un équilibre entre proximité, confiance et autonomie
B. Beaucoup de proximité et de réassurance
C. Une grande indépendance et suffisamment d’espace personnel
D. Une proximité importante tout en pouvant me sentir rapidement envahi(e)
Comment interpréter vos réponses ?
Comptez simplement la lettre qui revient le plus souvent.
Majorité de A : tendance vers un attachement sécure
Majorité de B : tendance vers un attachement anxieux
Majorité de C : tendance vers un attachement évitant
Majorité de D : tendance vers un attachement désorganisé ou anxieux-évitant
Vous avez autant de B que de C ? Ou aucune majorité claire ?
Ce n’est pas un problème.
Nous sommes plus complexes qu’une lettre.
Utilisez plutôt les descriptions suivantes pour observer les mécanismes dans lesquels vous vous reconnaissez.
Attachement sécure : pouvoir être proche sans se perdre
Dans un fonctionnement plutôt sécure, la relation peut être vécue comme un espace dans lequel il est possible d’être proche de l’autre tout en conservant son individualité.
La personne peut généralement exprimer ses besoins, demander du soutien, accepter que l’autre ait besoin d’espace et traverser un désaccord sans immédiatement imaginer que toute la relation est menacée.
Cela peut se traduire par une capacité à :
- être à l’aise avec la proximité comme avec une certaine distance
- exprimer ses émotions et ses besoins
- faire confiance sans avoir besoin d’être constamment rassuré(e)
- conserver son autonomie dans la relation
- traverser les conflits sans vivre systématiquement une peur d’abandon
- revenir vers l’autre après un désaccord
Être sécure ne signifie évidemment pas ne jamais avoir peur, être jaloux, se mettre en colère ou souffrir dans une relation.
La différence se situe davantage dans la capacité à retrouver progressivement sa sécurité et à revenir au lien sans perdre complètement son équilibre intérieur.
Et bonne nouvelle : cette sécurité peut également se développer à l’âge adulte.
Attachement anxieux : «Et si l’autre m’abandonnait ?»
Dans l’attachement anxieux, la relation prend souvent une place émotionnelle très importante.
La personne peut être particulièrement attentive aux signes venant de l’autre.
Un message plus court.
Un changement de ton.
Une réponse qui tarde.
Une soirée pendant laquelle l’autre semble plus distant.
Et rapidement, le mental cherche une explication.
«Est-ce que j’ai fait quelque chose ?»
«Est-ce qu’il/elle m’aime toujours ?»
«Pourquoi ne me répond-il/elle pas ?»
«Et s’il/elle finissait par partir ?»
Derrière ces réactions se trouve souvent un besoin important de sécurité et de réassurance.
Comment reconnaître un attachement anxieux ?
Vous pouvez notamment vous reconnaître dans :
- la peur de perdre l’autre
- un besoin fréquent d’être rassuré(e)
- une forte sensibilité aux changements de comportement
- la difficulté à supporter certaines distances ou certains silences
- une tendance à beaucoup analyser la relation
- le besoin de plaire ou de s’adapter pour préserver le lien
- la peur d’être « trop » ou, au contraire, « pas assez »
- la difficulté à vous apaiser seul(e) lorsque la relation vous inquiète.
Et c’est ici qu’une notion devient particulièrement importante : l’autonomie émotionnelle.
L’objectif n’est pas de ne plus avoir besoin des autres.
Nous avons tous besoin de liens.
Il s’agit plutôt d’apprendre progressivement à ne pas dépendre exclusivement de la réaction de l’autre pour retrouver sa sécurité intérieure.
Attachement évitant : «J’ai besoin de me débrouiller seul(e)»
Dans l’attachement évitant, le mécanisme est différent.
Lorsque la relation devient émotionnellement intense ou que l’autre exprime beaucoup de besoins, la personne peut ressentir le besoin de reprendre de la distance.
Elle peut avoir appris, au fil de son histoire, qu’il était plus sécurisant de compter principalement sur elle-même ou de ne pas trop montrer sa vulnérabilité.
Elle peut aimer profondément tout en étant mal à l’aise lorsqu’elle ressent une trop grande dépendance affective.
Comment reconnaître un attachement évitant ?
On peut notamment retrouver :
- un fort besoin d’indépendance
- une difficulté à demander de l’aide
- une tendance à minimiser ses propres émotions
- une gêne face aux émotions intenses de l’autre ;
- le besoin de prendre de la distance après un conflit
- une difficulté à exprimer ses besoins affectifs
- la sensation que trop de proximité devient étouffante
- une tendance à se réfugier dans le travail ou les activités lorsque la relation devient émotionnellement inconfortable
Prendre de la distance peut alors devenir une manière de retrouver de la sécurité.
Le travail consiste progressivement à pouvoir rester en lien sans avoir l’impression de perdre son espace ou son autonomie.
Attachement désorganisé ou anxieux-évitant : « Reste avec moi… mais ne t’approche pas trop »
C’est probablement le fonctionnement qui peut sembler le plus contradictoire à vivre.
La personne peut ressentir un besoin très important de proximité puis, lorsque cette proximité devient réelle, éprouver simultanément l’envie de s’en protéger.
«Reste avec moi»
Puis :
«Laisse-moi respirer»
La relation peut alors devenir un véritable ascenseur émotionnel.
Comment reconnaître un fonctionnement anxieux-évitant ?
On peut notamment observer :
- une alternance entre rapprochement et éloignement
- une forte peur de l’abandon associée à une peur de la proximité
- des émotions relationnelles très intenses
- une grande sensibilité au rejet ou à la trahison
- une difficulté à faire confiance même lorsque l’on souhaite profondément la relation
- la sensation d’être partagé(e) entre besoin de l’autre et besoin de se protéger
Ce fonctionnement ne signifie évidemment pas qu’une personne est incapable d’avoir une relation stable.
Comprendre ses déclencheurs, apprendre à reconnaître ce qui active le besoin de rapprochement ou de fuite et développer progressivement davantage de sécurité intérieure peuvent permettre de faire évoluer ces réactions.
Peut-on changer de style d’attachement ?
Oui, notre manière de vivre les relations peut évoluer.
C’est probablement le message le plus important de cet article.
Comprendre son style d’attachement ne sert pas à se dire :
«Je suis anxieux(se), donc je serai toujours comme ça»
Ou :
«Je suis évitant(e), c’est ma personnalité»
L’intérêt est plutôt de pouvoir observer :
Qu’est-ce qui se déclenche en moi lorsque j’ai peur de perdre l’autre ?
Que se passe-t-il lorsque quelqu’un se rapproche beaucoup de moi ?
Qu’est-ce que je ressens lorsque l’autre ne répond pas ?
Comment est-ce que je réagis lorsqu’un conflit apparaît ?
Est-ce que j’arrive à retrouver mon équilibre seul(e) ou ai-je absolument besoin que l’autre me rassure ?
Cette prise de conscience permet progressivement de créer d’autres réponses.
Du style d’attachement à l’autonomie émotionnelle
C’est ici que je trouve le sujet particulièrement intéressant.
Parce que derrière nos styles d’attachement se pose souvent une question fondamentale :
Où se trouve ma sécurité émotionnelle ?
Uniquement dans la relation?
Dans ce que l’autre me dit?
Dans ses messages?
Dans sa présence?
Dans son approbation?
Ou puis-je également construire en moi une partie de cette sécurité?
Développer son autonomie émotionnelle, ce n’est pas devenir froid(e), indépendant(e) de tout le monde ou ne plus avoir besoin d’amour.
C’est apprendre progressivement à reconnaître ce qui se passe en soi, à accueillir et réguler ses émotions, à identifier ses besoins et à ne plus confier entièrement à l’autre la responsabilité de notre équilibre intérieur.
On peut alors passer progressivement de :
«Rassure-moi pour que je puisse aller bien»
à :
«Je peux reconnaître mon inquiétude, comprendre ce qu’elle vient toucher en moi, retrouver une partie de ma sécurité et ensuite entrer en relation avec toi»
Et cette différence peut profondément changer notre manière de vivre le lien.
Ce que j’observe dans mes accompagnements
Les personnes ne viennent évidemment pas toujours me voir en disant :
«J’ai un style d’attachement anxieux»
Elles me parlent plutôt de ce qu’elles vivent.
Elles me disent qu’elles pensent énormément à leur relation.
Qu’un silence les inquiète.
Qu’elles ont peur d’être abandonnées.
Qu’elles n’arrivent pas à poser leurs limites.
Qu’elles ont tendance à trop donner.
Ou, à l’inverse, qu’elles se ferment dès que les émotions deviennent trop importantes.
Derrière ces comportements, il est parfois intéressant d’aller regarder ce que la situation vient déclencher émotionnellement.
Car modifier uniquement le comportement sans comprendre ce qui se joue à l’intérieur ne suffit pas toujours.
L’objectif est progressivement de pouvoir se sentir davantage en sécurité avec soi-même et dans la relation.
Comment développer un attachement plus sécure?
Il ne s’agit pas de chercher à devenir une personne totalement différente.
Le travail commence souvent par de petites choses :
- identifier les situations qui déclenchent fortement vos réactions
- apprendre à nommer l’émotion qui apparaît
- différencier ce qui se passe réellement de ce que votre peur anticipe
- identifier vos besoins
- apprendre à vous apaiser avant de réagir
- exprimer davantage vos besoins et vos limites
- accepter progressivement la proximité sans vous perdre
- accepter également la distance sans immédiatement craindre de perdre le lien
- construire des relations suffisamment stables et cohérentes
Cette évolution se fait progressivement.
Et elle commence souvent par cette simple capacité :
observer ce qui se passe en moi avant de réagir automatiquement.
En conclusion : votre style d’attachement n’est pas votre identité
Si ce questionnaire vous a permis de vous reconnaître dans un style d’attachement, gardez une chose en tête :
vous n’êtes pas votre style d’attachement.
Il décrit certains mécanismes que vous pouvez avoir développés pour chercher de la sécurité dans vos relations.
Et un mécanisme peut être compris, observé et progressivement transformé.
L’objectif n’est pas de ne plus avoir besoin de l’autre.
Il est de pouvoir aimer, créer du lien et être proche sans vous abandonner vous-même dans la relation.
C’est là que commence, selon moi, une véritable autonomie émotionnelle.
FAQ – Styles d’attachement
Quels sont les 4 styles d’attachement ?
On distingue généralement l’attachement sécure, l’attachement anxieux, l’attachement évitant et l’attachement désorganisé. Chez l’adulte, ce dernier peut notamment présenter une alternance entre recherche de proximité et besoin de distance.
Comment savoir quel est mon style d’attachement ?
Certains comportements peuvent donner des indications : besoin fréquent d’être rassuré(e), peur de l’abandon, difficulté à supporter la proximité, tendance à prendre ses distances ou capacité à maintenir à la fois proximité et autonomie. Un questionnaire introspectif peut aider à réfléchir à ces mécanismes, mais ne constitue pas à lui seul un diagnostic psychologique.
Qu’est-ce que l’attachement anxieux ?
L’attachement anxieux se caractérise notamment par une forte sensibilité à la disponibilité de l’autre, un besoin important de réassurance et une peur plus marquée de la distance ou de l’abandon.
Qu’est-ce que l’attachement évitant ?
Une personne ayant un fonctionnement plutôt évitant peut privilégier fortement l’autonomie, avoir davantage de difficultés à exprimer ses besoins émotionnels et prendre de la distance lorsque la proximité relationnelle devient inconfortable.
Peut-on passer d’un attachement anxieux à un attachement sécure ?
Les fonctionnements relationnels ne sont pas nécessairement figés. De nouvelles expériences relationnelles, une meilleure compréhension de ses déclencheurs et un travail sur la régulation émotionnelle et la sécurité intérieure peuvent contribuer à développer un fonctionnement plus sécure.
Quel est le lien entre attachement et autonomie émotionnelle ?
L’autonomie émotionnelle permet notamment d’apprendre à reconnaître et réguler ce qui se déclenche en soi sans dépendre exclusivement de l’autre pour retrouver un sentiment de sécurité. Elle ne consiste pas à ne plus avoir besoin de relations, mais à conserver davantage son équilibre intérieur au sein du lien.